Messe de région FAP

« Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses… »
Oui, Marthe, notre chère Marthe, pourquoi tant de soucis ? Pourquoi tant d’agitation, au point de ne pas être disponible à la présence du Seigneur qui demeure chez toi ?
Quels sont ces soucis, ces préoccupations qui, dans ton cœur, prennent autant de place qu’ils finissent par faire obstacle à la joie que le Seigneur veut te donner ? Oui, Marthe, qu’est-ce qui t’empêche de t’ouvrir à la joie ?

« Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses… »

Autrement dit, Marthe, et toi pèlerin du Rosaire, malgré les soucis qui sont les tiens :

« Réjouis-toi ! », oui réjouis-toi !

Se réjouir ? Facile à dire ! Mais, comme on dit par chez moi dans les monts du lyonnais :

« C’est facile à y dire, mais pas facile à y faire ! » car il faut bien l’admettre la joie ne va pas toujours de soi et qu’il nous est parfois difficile de l’accueillir, voir même de croire qu’elle est encore possible !

« Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre »

Voilà la promesse de la Dame de la grotte à Bernadette, lors de la 3ème apparition, le 18 février 1858.

Une parole surprenante. Presque dérangeante. On aurait pu attendre de Marie une parole plus encourageante ! Mais celle qui est envoyée de la part du Seigneur n’est pas là pour nourrir nos illusions ou conforter nos rêves. Elle ne vient pas nous promettre ce que nous aimerions entendre. Elle vient nous ouvrir à la promesse d’un Dieu qui connaît les profondeurs de notre condition humaine, puisqu’il a lui-même voulu la partager, sans tricher, jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur la croix.

Aussi, Marie ne promet pas à Bernadette une vie sans épreuves, sans souffrances ni difficultés. Elle ne lui promet pas que tout ira bien ici-bas. Mais elle lui ouvre un horizon bien plus grand : celui d’un bonheur qui ne passe pas, d’une joie qui demeure et qui n’est autre que la vie même – en – Dieu !

Alors oui, cher pèlerin (et je m’adresse particulièrement à toi pèlerin en accueil), Réjouis-toi ! Réjouis-toi parce que le Seigneur connaît ta condition humaine puisqu’il a lui-même vécu en son temps. Aussi il connaît ta peine, il connait ta souffrance, il connait tes doutes et tes angoisses. Mais ne te laisse pas accabler ! Ouvre ton cœur à la joie. Tiens bon dans l’espérance !

Sache que tu n’es jamais seul dans ton épreuve : le Christ lui-même a porté tes souffrances. Et parce qu’il a traversé la mort, il peut aujourd’hui t’ouvrir un chemin de vie, d’espérance et de joie !

Revenons quelques instants à l’Évangile. Marthe, vous l’avez compris, est accaparée par les soucis de la maison. Elle veut bien faire, et c’est tout à son honneur ! Elle s’agite, elle s’affaire et se dépense sans compter ni son temps, ni son énergie.

« Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses… »

Soyons clairs, pour dissiper toute forme de culpabilité : le problème n’est pas son dévouement à servir. Ce serait tout de même un comble, qui plus est à Lourdes, de reprocher à Marthe de se faire la servante de son Seigneur ! Et ce serait un bien mauvais procès à vous faire… hospitaliers/ hospitalières et bénévoles du Rosaire, qui, vous aussi, vous dépensez sans compter au service de nos chers pèlerins en accueil.

Le problème le Marthe n’est donc en aucun cas son service, mais son agitation intérieure. À force de vouloir tout faire, Marthe risque de ne pas se laisser faire. À force de vouloir donner, elle en oublie de recevoir. À force de chercher de la reconnaissance dans ce qu’elle accomplit, elle en perd sa joie ! Elle en perd sa joie, oui, car en elle oublie que la joie n’est pas à conquérir mais qu’elle est un don à accueillir.

Aussi, en l’interpellant par cette parole, le Seigneur, l’appelle et nous appelle avec elle à une conversion intérieure. Et c’est d’ailleurs ce que notre cher pape Léon XIV, ici même à Lourdes, nous rappelait avec force il y a quelques jours : « Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas. »

Alors, cher hospitalier, chère bénévole, réjouis-toi ! Réjouis-toi de ton service. Laisse-toi faire… laisse-toi rejoindre par le Seigneur. Laisse-toi aimer par lui. Accueille la joie qu’il veut te donner. Ne laisse pas les soucis prendre toute la place. Garde au cœur un lieu pour le Seigneur, afin que sa présence devienne ta joie.

Et toi, cher pèlerin, toi qui viens à Lourdes pour profiter simplement de la grâce de ce lieu : Réjouis-toi ! Oui, toi aussi Réjouis-toi !

Tu sais peut-être que le mercredi 3 mars 1858, lors de la 14ème apparition, Bernadette demande à la Dame de lui révéler son nom. Mais la Dame ne lui répond pas ! Elle ne lui répond pas, mais lui adresse tout de même : un sourire. La dame sourit ! Marie sourit et Bernadette s’en réjouit !

Ce sourire de Marie n’est pas anodin car il exprime quelque chose de la tendresse de Dieu. Une tendresse divine qui se donne à voir à travers le visage de sa Mère.

En contemplant ce sourire de Marie, un autre pape, venu lui aussi en ces lieux en son temps – le pape Benoît XVI – avait ces paroles :

« Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures (Marie) (…) se reflète notre dignité d’enfants de Dieu (…) Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d’une espérance invincible. (…) Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. (…) Quêter le sourire de la Vierge Marie n’est pas un pieux enfantillage, c’est l’aspiration, dit le Psaume 44, de ceux qui sont « les plus riches du peuple » (v.13), c’est-à-dire dans l’ordre de la foi, ceux (qui savent) reconnaître leur faiblesse et leur pauvreté devant Dieu… (Et le pape de poursuivre)

En cette manifestation toute simple de tendresse qu’est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l’amour que Dieu nous porte et qui passe par le cœur (et j’ai envie d’ajouter -le visage-) de celle qui est devenue notre Mère. (…) (Oui) Le sourire de Marie est une source d’eau vive car « Celui qui croit en moi, dit Jésus, des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur » (Jn 7, 38). Marie est celle qui a cru, et, de son sein, ont jailli des fleuves d’eau vive » (Homélie du pape Benoit XVI, 15 septembre 2008)

Alors, cher ami pèlerin, mais toi aussi, cher jeune qui, par ton enthousiasme et ta jeunesse, égaye d’une manière toute particulière ce pèlerinage : sois un guetteur du sourire de Marie ! Ne cesse pas chercher ce sourire de la Belle Dame. Ne cesse pas de le désirer. Cherche-le, désire-le, car dans ce sourire, c’est la tendresse même de Dieu que tu es invité à découvrir.

Et surtout, si tu as la grâce de l’admirer, je t’en supplie, ne le garde pas pour toi ! À ton tour, fais-le rayonner autour de toi. Par ton regard, ton sourire, une attention, un geste d’amitié ou un simple service, sois, toi aussi, à ta manière, le signe de la tendresse de Dieu.

Alors oui, cher pèlerin, cher pèlerin en accueil, cher bénévole, cher jeune : réjouis-toi. Réjouis-toi d’être aimé et enveloppé de la tendresse de Dieu. Réjouis-toi … et deviens à ton tour, par ta joie et ton sourire, une source d’eau vive et de paix.

 

Fr. Jean-Baptiste Rendu, op
Directeur du Pèlerinage de la région Flandres-Artois-Picardie du couvent de Lille